Arturine Vincent: des silences et des cris.

Arthurine Vincent a été avec Magnus Gramen l’un des deux derniers artistes que nous avons exposés, mais tout le mérite de l’expo revient à Matthieu Péronnet qui en avait assuré les choix et la logistique. Comme nous ne connaissions pas bien Arthurine, Matthieu nous avait offert son livre “Des silences et des cris”. J’avoue que j’avais été bien ennuyé par ce cadeau car bon nombre des artistes que nous avions exposés jusque-là écrivent eux aussi. A de très rares exceptions près, par exemple les merveilleux petits poèmes en prose qui accompagnent les dessins de José Correa ou ceux de Anne-Sophie Oury Haquette, leurs textes, la plupart du temps, ne sont pas très bons (c’est un euphémisme). Je me suis ainsi fâché avec un artiste très connu qui m’avait fait lire le roman qu’il venait de terminer parce que je lui avait dit qu’il n’avait, de mon point de vue, aucun avenir en littérature, il m’avait répondu qu’il ne comprenait pas que je puisse aimer son travail graphique et pas ses écrits. J’avais donc beaucoup de réserves en ouvrant le livre d’Arthurine. J’avais tort car je suis tombé sur un texte tout à fait remarquable où l’auteur raconte ses diverses hospitalisations en psychiatrie à partir de la première, le 5 janvier 2000, à 22 ans “Une date qu’on n’oublie pas” dit-elle et on la croit, et les suivantes, nombreuses semble-t-il. Le livre se présente comme un patchwork, portraits, textes plus ou moins longs, poèmes, dessins, et 40 pages d’une correspondance dont on ne sait pas si elle est imaginaire, les “Lettres à Chiara”. Cela peut donner une impression de fourre-tout mais ça n’est pas le cas, chaque texte fonctionne comme un instrument de musique tant il sonne juste, l’ensemble formant un orchestre qui joue la symphonie déchirante du monde de la folie et de l’enfermement, avec ses passages obligés comme “la chambre d’isolement” où l’on peut passer des journée attaché à son lit, ses moments de bonheur qui sont d’autant plus forts qu’ils ne devraient pas exister, et surtout cette humanité qui perdure malgré la maladie et le lieu. Le tout dans une langue sèche, sans concessions ni pathos, qui va directement à l’essentiel. Ce n’est pas un livre “brut”, le regard sur soi et les autres, l’écriture, sont totalement maîtrisés. Une lecture qui vous hante longtemps après, un des très rares livres qu’on n’oublie pas et dont on se dit qu’on a eu la chance de l’avoir lu. Arthurine Vincent, Des silences et des cris, éditions La danse des mouettes. Le livre est illustré de nombreuses oeuvres de l’auteur et du peintre Marjan.


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